Sciences humaines et sociales > Accueil > Arts et sciences > N° Spé : Hommages à Hubert Reeves > Article
Nicolas Reeves
Université du Québec à Montréal
Canada
Publié le 9 octobre 2026 DOI : 10.21494/ISTE.OP.2026.1494
Au-delà de ses aspects pratiques et fonctionnels, toute architecture procède fondamentalement d’une structure poétique qui convoque les faisceaux de relations sensibles, historiques et symboliques qui l ’ancrent dans un lieu, une histoire, une pensée, la mémoire d’un événement. La bibliothèque scientifique Hubert-Reeves, intégrée au nouveau campus MIL de l’Université de Montréal, n’y fait pas exception. En proposant une lecture personnelle et géopoétique de la bibliothèque, cet article tente d’élucider les trajectoires qui la relient à la pensée du célèbre astrophysicien - dont l’auteur est le fils - à ses valeurs, à son rapport au monde et à l’imaginaire du territoire québécois. Le campus MIL est ainsi abordé comme une architecture géophysique, déclinant un vocabulaire explicitement minéral fait de géodes, de topographies, de failles, de strates et de cristaux. Il semble émerger des imaginaires tectoniques qui traversent le territoire, esquissant une cartographie où se télescopent les échelles du local et du cosmologique, de l’éphémère et des temps immémoriaux. Les deux jardins de la bibliothèque, petits cratères arborés creusés dans un sol surélevé, deviennent des fragments transplantés du Mont-Royal, relief issu d’une remontée magmatique où s’étend le campus historique de l’Université. Ils constituent le coeur vivant et poétique du projet. La bibliothèque se lit alors comme une géologie du savoir : une strate souterraine où viennent se déposer et se transformer les connaissances issues des édifices cristallins qui la surplombent, à la manière de sédiments dont la fertilité prépare les récoltes à venir. Elle rend également perceptible une résonance, celle qui établit un couplage entre la pensée d’un être humain, un territoire et une architecture, par le regard sur le monde et le cosmos qu’il partage avec nous dans ses écrits. Un regard non pas extérieur, mais issu du coeur même des flux de matière et de mémoire auxquels, comme chacune et chacun d’entre nous, il doit son existence.
Beyond its practical and functional aspects, all architecture fundamentally stems from a poetic structure that summons a web of sensory, historical, and symbolic relationships, anchoring it to a place, a history, a line of thought, or the memory of an event. The Hubert-Reeves Science Library, part of the Université de Montréal’s new MIL campus, is no exception. By offering a personal and geopoetic interpretation of the library, this article seeks to elucidate the trajectories connecting it to the ideas of the renowned astrophysicist — whose son is the author — as well as to his values, his relationship with the world, and the imaginary of the Quebec landscape. The MIL campus is thus approached as a form of geophysical architecture, employing an explicitly mineral vocabulary of geodes, topographies, fault lines, strata and crystals. It appears to emerge from the tectonic imaginaries that shape the territory, drawing a map where the local and the cosmological, the ephemeral and the immemorial, collide and converge. The library’s two gardens — small, tree-filled craters carved into an elevated ground plane — serve as transplanted fragments of Mount Royal, the magmatic landform that hosts the university’s historic campus. They form the project’s living, poetic heart. The library can thus be read as a geology of knowledge: a subterranean stratum where insights from the crystalline structures above settle and transform, much like fertile sediment preparing the ground for future harvests. It also makes palpable a resonance, a link forged between human thought, the landscape, outside, but one arising from the very heart of the flows of matter and memory to which he, like all of us, owes his existence.