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Vol 10 - Numéro 3

Arts et sciences


Liste des articles

L’Île au Corail : un dialogue Art-Science sur la relation Homme – Nature Marine
Isabel Urbina-Barreto, Simon Rouby

Les recifs coralliens du sud-ouest de l’ocean indien (sooi) comptent parmi les socio-ecosystemes marins les plus riches en biodiversite et les plus menaces de la planete, pourtant la mediation scientifique conventionnelle manque souvent des savoirs indigenes (i.e. Locaux) et d’approches innovantes et localement adaptees pour produire un en-gage-ment veritable et durable. Cet article presente l’ile au corail, un programme de co-creation art-science cons-truit a travers un dialogue continu entre une biologiste marin et un artiste visuel, ou donnees scientifiques, savoirs indigenes et pratique artistique se rejoignent. Cette collaboration prend forme a travers des installations video immersives, des projections mo-numentales sur façades et des collages construits a partir de photogrammetrie sous-marine par sfm, ainsi que des creations musicales, des contes oraux et des oeuvres en ceramique explorant un evenement de blanchissement corallien et les enjeux de la conservation des recifs. Plutot que purement bio-physiologique, le blanchissement est tisse avec les croyances et codes coutumiers mahorais, comoriens et mal-gaches -djinns, marids, fady (tabous)- qui ont longtemps regi les relations avec les recifs avant le concept occiden-tal d’aire marine protegee. Nous decrivons l’architecture narrative du projet et sa methodologie participative, co-construite avec les communautes locales, ecoles et detenteurs de savoirs, ainsi que sa portee mesurable a travers festivals, musees et programmes scolaires. Enfin, nous discutons comment positionner les savoirs indigenes comme de veritables contributeurs epistemiques qui renforcent la perennite des messages de conserva-tion. Nous pre-sentons le modele de co-creation, evolutif aux autres pays du sooi et a d’autres socio-ecosystemes recifaux dans le monde.


Le noir, une quête infinie
Ruth Scheps

Partout et depuis toujours, le noir est énigmatique et paradoxal. Absence de lumière, donc non-couleur pour les physiciens, il est bel et bien couleur pour les chimistes et les artistes. Matière ou énergie (encore sous forme de manque) pour les astrophysiciens, il n’a par ailleurs jamais cessé d’inspirer les philosophes et les poètes. Cet article examine d’abord l’évolution des disputes scientifiques et artistiques quant à la nature du noir. Il indique ensuite les formes de sa présence terrestre (minérale, végétale et animale), puis décrit sa traque dans le cosmos (trous noirs, matière noire, énergie noire). Revenant sur Terre, il s’intéresse aux procédés de fabrication de la couleur noire, jusqu’au Vantablack et à l’outrenoir. Il retrace enfin les usages et fonctions artistiques du noir par rapport à la lumière et aux autres couleurs, et conclut sur la quête infinie du noir dans ses résonances poétiques et métaphysiques.


Évolution de la présentation des oeuvres d’art
Karl Heinz Szekielda

L’encadrement des oeuvres d’art est une pratique récente si l’on considère que les premières créations artistiques remontent à plusieurs millénaires. Les oeuvres de l’âge de pierre ne comportaient pas de bordures artificielles, leur expression étant physiquement limitée par les structures naturelles et géologiques. Dans la culture occidentale, les premières formes d’encadrement et de présentation des images sont attestées dès l’Antiquité, entre 800 av. J.-C. et 500 apr. J.-C. Des modes de présentation plus élaborés n’ont fait leur apparition en Europe occidentale qu’au début du XIIIe siècle, tandis que le modernisme a imposé un nouveau style d’encadrement à partir de 1910. La période contemporaine a pris le relais à la fin du XXe siècle, voyant émerger la tendance consistant à associer peintures abstraites et cadres anciens, fusionnant ainsi des éléments issus de cultures et d’époques différentes. Toutefois, le cadre peut parfois distraire le spectateur, car celui-ci perçoit inconsciemment à la fois l’émotion émanant de l’oeuvre et l’apport du cadre lui-même. Dans le domaine de la décoration intérieure classique, l’art numérique s’impose aujourd’hui comme un concurrent de l’oeuvre encadrée traditionnelle, en proposant une expérience et une interaction inédites avec l’art. Par ailleurs, l’évolution de nos espaces de vie liée au télétravail pourrait favoriser l’art numérique et les affichages holographiques en 3D, laissant penser que notre perception de l’art électronique devra probablement être profondément réévalué.


James Bond au naturel : la représentation de la nature dans les récits d’Ian Fleming
Nicolas Fleurier

James Bond est-il, dans le corpus flemingien, un super-héros de bureau et de casino, ou un insulaire qui ne se cantonne pas aux îles britanniques ? Il évolue de lieux domestiqués en littoraux avantageux, se confrontant à des jardins dangereux, dans un espace narratif à caractère archipélagique où la naturalisation est récurrente. Il est amené à plusieurs reprises à se rendre en Jamaïque, terre de prédilection de son créateur, comme il se rend sur différentes îles fictives mais vraisemblables, peuplées au moyen de listes d’espèces tropicales. Lui-même est régulièrement comparé à un animal prédateur, et son rapport à la nature qui évolue en fonction des noeuds narratifs, est marqué au coin de l’utilité comme du respect. Ses antagonistes fréquemment animalisés, qui dominent souvent la nature pour y mourir, s’opposent à ses alliés féminins, qui renvoient presque tous à des espèces de fleurs. Mais la nature sert aussi à rendre son univers sensible au lecteur, comme à fournir des leviers narratifs ou des armes alternatives, et si cette nature est datée ou choisie, les récits font l’effet de porter un sous-texte environnementaliste.