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L’énigme du calice dans Bouvard et Pécuchet

The Enigma of the Calyx in Bouvard and Pécuchet


Eric Tannier
Centre Inria de Lyon et Institut des systèmes complexes

Simon Castellan
Centre Inria de l’Université de Rennes

Marine Fauché
Université Paris-Saclay

Sophie Nadot
Université Paris-Saclay

Agnès Schermann-Le-gionnet
Université de Rennes



Publié le 9 mars 2026   DOI : 10.21494/ISTE.OP.2026.1425

Résumé

Abstract

Mots-clés

Keywords

Quelques jours avant de mourir le 8 mai 1880, Gustave Flaubert élaborait l’épisode sur la botanique, un des derniers de son roman Bouvard et Pécuchet. À cette fin, et inspiré par une phrase de Rousseau sur le calice des fleurs qui « manque à la plupart des liliacées », il avait rédigé une note en forme d’énigme botanique : trouver une plante commune, poussant en Normandie au mois d’avril, qui serait d’une famille qui dérogerait à une règle générale chez les plantes (« Toute plante a des feuilles, un calice et une corolle »), mais qui elle-même dérogerait à cette exception au sein de sa famille (une exception à l’exception). Sans grande familiarité avec la botanique, Flaubert prétendait prédire l’existence d’une telle plante, alors que l’énigme suscitait la circonspection chez ses amis plus savants. Une enquête de Maupassant lui a permis d’exa-miner des solutions possibles d’abord parmi les Renonculacées puis les Rubiacées, où la shérarde lui a semblé répondre à son attente. Cet épisode laisse toujours plusieurs questions sans réponse, auxquelles nous tentons d’apporter des éclai-rages, qui nécessitent un regard botanique sur cette énigme : pourquoi Rousseau a-t-il écrit « la plupart » ? Pourquoi Flaubert a-t-il refusé la première solution de Maupassant ? Pourquoi a-t-il accepté la seconde ? La shérarde était-elle en 1880, et est-elle aujourd’hui une bonne solution à son énigme ? Quels mécanismes naturels ou épistémologiques, produi-sent les exceptions aux exceptions ? Comment cette plante imaginaire peut-elle devenir le terrain de confrontation de conceptions différentes de la nature et de la connaissance, du XIXe au XXIe siècle ?

A few days before his death on May 8, 1880, Gustave Flaubert was working on the episode about botany, one of the last in his novel Bouvard and Pécuchet. To this end, inspired by a sentence by Rousseau about the calyx of flowers, which “is missing in most liliaceae,” he wrote a note in the form of a botanical enigma: to find a common plant, growing in Normandy in April, that would belong to a family that deviated from a general rule among plants (“Every plant has leaves, a calyx, and a corolla”), but which itself would deviate from this exception within its family (an exception to the exception). Without much familiarity with botany, Flaubert claimed to predict the existence of such a plant, while the enigma aroused caution among his more knowledgeable friends. An investigation by Maupassant allowed him to examine possible solutions, first among the Ranunculaceae and then the Rubiaceae, where the sherardia seemed to meet his expectations. This episode still leaves several questions unanswered, which we will attempt to shed light on, requiring a botanical and historical perspective on this enigma: why did Rousseau write “most”? Why did Flaubert reject Maupassant’s first solution? Why did he accept the second? Was the sherardia in 1880, and is it today, a good solution to his enigma? What natural or epistemological mechanisms produce exceptions to exceptions? How can this imaginary plant become the battleground for different conceptions of nature and knowledge, from the 19th to the 21st century?

Botanique Littérature Histoire Flaubert Rousseau Philosophie de la connaissance Campagne Périanthe

Botany Literature History Flaubert Rousseau Philosophy of knowledge Countryside Perianth

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