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Vol 5 - Numéro spécial

Arts et sciences


Articles parus

Introduction à la publication des actes du colloque Formes vivantes

Ce numéro spécial de la revue Arts et sciences est consacré aux actes du colloque Formes vivantes qui s’est tenu à Limoges les 27 et 28 janvier 2020. Cet événement s’inscrivait dans la programmation culturelle de l’exposition éponyme présentée au musée national Adrien Dubouché du 9 octobre 2019 au 10 février 2020. Cherchant à mettre en lumière la présence du vivant dans la céramique de la Renaissance à nos jours, l’exposition s’organisait autour d’un parcours rythmé par un dialogue entre arts et sciences et a permis d’étudier les liens qui unissent une inspiration organique et une matière minérale. Des décors naturalistes de Bernard Palissy aux céramiques biomédicales imprimées en 3D, l’existence d’une proximité spécifique entre la céramique – en tant que matière et technique – et le monde du vivant a ainsi été mise en exergue par des oeuvres patrimoniales, des créations contemporaines et des objets scientifiques.


Les « rustiques figulines » au Musée national Adrien Dubouché : Bernard Palissy et ses émules dans les collections du musée

Le Musée national Adrien Dubouché conserve une collection de pièces dont les décors constitués d’un bestiaire émaillé s’apparentent aux « rustiques figulines » de Bernard Palissy. Le présent article poursuit l’exposition Formes vivantes, où ces pièces inspirées de l’oeuvre du potier de la Renaissance furent mises en valeur, en dressant un panorama historique de la constitution de cet ensemble. Fondée sur la chronologie, cette étude s’articule en trois temps : les années 1865-1881, marquées par l’action d’Adrien Dubouché ; la période 1881-1907, au cours de laquelle son successeur, Auguste Louvrier de Lajolais, continua d’enrichir les collections avec des oeuvres d’esprit palisséen ; le début du XXIe siècle, qui fut marqué par des dépôts et un nouveau regard sur les collections de style palisséen.


Ar(t)chimie de la nature : Le vivant

La vie n’est pas une qualité absolue qui serait apparue soudainement. Elle a émergé progressivement, liée à l’environnement et aux conditions de la Terre primitive. La Terre produit de l’argile, ingrédient minéral des débuts de la vie, ce qui n’est pas une idée neuve, puisqu’on la trouve dans de très anciens récits, sources de mythes, de légendes et de créations artistiques, figuratives, poétiques et… même technologiques. Le vivant qui se forme à partir d’eau et de glaise, prend des formes et des couleurs présentes en nous, au plus profond. Devenue scientifique, la question des origines nous fonde dans une quête à jamais inachevée, indissociable de la nature et de l’art.


Une céramique des phénomènes

Ce que j’appelle mon bestiaire est loin d’une céramique animalière, et encore plus loin d’une céramique décorative à motifs animaliers. Il s’agit plutôt d’une céramique des phénomènes, où le sujet animalier est prétexte à la recherche d’équivalents plastiques de nature exclusivement céramique, le sujet étant clairement défini afin qu’il n’y ait pas d’équivoque sur la matière obtenue. C’est donc le contraire d’une céramique du hasard. Le caractère usuel de ces pièces (boîtes, coupes, vases…) est toujours présent, au moins dans le souvenir d’une fonction : préserver, contenir, verser. Ce lien avec un usage éventuel est pour moi presque un problème d’éthique : l’autre fonction que j’en attends est de réveiller la mémoire d’une céramique rituelle, dont le sens s’est perdu avec l’abandon des rites et des mythes, mais dont on peut percevoir parfois un lointain écho. Le bestiaire est la voie que j’ai choisie pour renouer avec le sens primordial de la céramique.


L’ancrage minéral du Vivant

Le paradigme dominant en biologie moléculaire assimile les êtres vivants à des machines de précision gouvernées par un programme génétique. Cette approche du vivant contribue à l’opposer radicalement au monde minéral, qui en semble l’antithèse. Pourtant, la recherche scientifique des origines de la vie vise à comprendre comment la vie est apparue dans un contexte entièrement minéral, et donc à tisser des liens plutôt qu’à scénariser des ruptures. Ce faisant, elle fait écho à plusieurs de nos mythes fondateurs, et en retour elle alimente la science-fiction contemporaine, qui est peuplée d’étrange créatures hybrides entre la biologie et la minéralité. Or c’est aussi une voie que la science explore, où le vivant ne se serait pas arraché à la minéralité mais entretiendrait avec elle une relation réciproque, complexe et au long cours. Les conséquences épistémologiques de cette approche sont profondes, et contribuent à renouveler les définitions de la vie elle-même.


Quand la céramique de Limoges vient au secours des océans

La protection et le développement des récifs coralliens est un enjeu écologique majeure actuel. En effet, la dégradation importante de ces derniers, due essentiellement au réchauffement climatique et à la pollution humaine, nuit à la biodiversité. Par conséquent, l’aquarium de Limoges et le laboratoire I.Ceram, fabricant de substituts osseux en céramique inerte réalisent des travaux de recherche portants sur l’utilisation de l’alumine poreuse comme support de bouturage pour les coraux. Les travaux réalisés ont montré que ce type de support est totalement adapté à la repousse du corail et permet un développement vivant au coeur de la céramique pour former une « pierre vivante ».


Les céramiques biomédicales

Depuis les civilisations antiques, des céramiques sont utilisées pour réparer des lésions osseuses. Si leur rôle est avant tout fonctionnel, une architecture personnalisée et adaptée au patient entre pleinement dans les critères de fabrication des implants céramiques actuels. Les développements font appel à des procédés innovants de mise en forme associant conception assistée par ordinateur et fabrication additive pour mettre au point des dispositifs complexes destinée à l’ingénierie des tissus osseux. L’Institut de Recherche sur les Céramiques mène à Limoges des travaux de recherche dans ce domaine depuis près de 30 ans et a acquis un savoir-faire basé sur une stratégie dont les principales lignes sont présentées dans cet article.


Étude de phénomènes physiques, de conception et de production de formes dans le champ de l’impression 3D céramique et du design

Depuis 2009, date à laquelle le collectif de designers Unfold avec Tim Knapen développent L’Artisan Électronique, les projets et les machines d’impression 3D céramique se sont multipliées. Si dans le champ de l’industrie l’usage de poudre à base de céramique est plus ancien, jamais la mise en forme de la céramique n’avait été développée de cette façon, inaugurant des résultats inédits, laissant la part belle à l’aléa et à l’intégration de facteurs environnementaux. Soutenant bien souvent le partage libre des données, relevant elles-mêmes de l’autoproduction, elles interrogent la technique et les processus d’obtention des formes, développant une critique des approches industrielles propriétaires. Cette rencontre de l’impression 3D et de la céramique s’inscrit en particulier dans un revival naturaliste qui s’aventure aussi bien sur le terrain du biomimétisme, du biomorphisme, que du côté d’une écoute poétique de la matière, exposant des physiques (Phusis, φύσις) de l’argile. Outre l’identification de différentes démarches de création et façons d’articuler l’impression 3D à la céramique, le propos porte également sur les raisons de leur convergence et sur un questionnement plus profond. L’hypothèse développée est que cette rencontre n’est pas sans lien avec les préoccupations actuelles relatives à l’écologie et l’anthropocène.


Cyborgs céramiques

En partant de la construction théorique du cyborg proposée par Donna Haraway, le présent article propose de revoir les patients porteurs d’une prothèse en céramique biomédicale et les coraux bouturés sur des supports alumine poreuse comme des « cyborgs céramiques », porteurs d’une combinaison intime entre le corps et la céramique. L’idée de faire corps avec la céramique n’est pas circonscrite à la pratique médicale. Elle peut s’entendre de différentes manières, et notamment avec beaucoup d’oeuvres présentées dans Formes vivantes. Grâce aux oeuvres de l’exposition, l’article explore les filiations possibles de la figure théorique du cyborg céramique, qui permet de mettre en lumière la multiplicité et le caractère politique des rapports entre corps et céramique.


Branchies & Bistouri

Le travail d’Elsa Guillaume commence toujours par un simple dessin. Il peut s’agir d’un croquis pris lors d’un voyage en solitaire, dans un moment d’attention profonde au monde qui l’entoure. Cela peut être un dessin réalisé en proche collaboration avec des scientifiques, à l’occasion d’une résidence arts et sciences, dans un laboratoire ou sur le pont d’un bateau lors d’une expédition. Ce matériel graphique qu’elle collecte patiemment est le point de départ de ses sculptures et de ses projets en volume. Le travail de la terre lui permet de faire la synthèse de ses intérêts et de ses intuitions. Dans un mouvement continu, le bestiaire imaginaire esquissé sur le papier s’incarne dans la terre. Son travail se trouve ainsi en perpétuel équilibre entre le travail en atelier et l’expérience du terrain.


Biologie de l’ornement

À partir de la photographie de Louise Lawler, Pollock and Tureen (1984), mon intervention consiste à examiner, d’abord, comment l’opposition entre les beaux-arts et les arts décoratifs s’est structurée, dans la théorie de l’art européenne, en utilisant la hiérarchie conventionnelle des genres. Ainsi les arts décoratifs sont-ils traditionnellement associés au féminin et les beaux-arts, au masculin. Mais dans le projet artistique critique et postmoderne de Lawler, ces oppositions hiérarchiques sont habilement remises en cause. Les arts décoratifs et le domaine de l’ornement peuvent alors être perçus d’une manière beaucoup plus positive, exprimant la vitalité telle qu’elle est considérée actuellement dans la philosophie, les sciences sociales et les sciences de la vie.


Vivant

Plutôt que de réaliser un exercice de style ou de forme, je cherche à faire en sorte que mes pièces respirent le vivant. Toutes les techniques auxquelles j’ai recours, qu’il s’agisse du montage à la plaque, du tournage, des déformations que j’exerce sur la matière crue, ou encore du travail à l’aérographe, de l’émaillage, et du sablage, ont été choisies afin de créer des oeuvres qui soient les plus vivantes possibles.


Formes vivantes : du minéral à l’animé, de l’animé au minéral

De nombreux scientifiques ont étudié l’apparition des formes vivantes à partir du minéral. Des notions fondamentales ont ainsi émergé, allant de la caractérisation des matériaux du vivant à leur auto-organisation par des processus actifs, consommant de l’énergie pour produire des structures ordonnées. Dans un cheminement inverse, les artistes céramistes ont exploré les différentes façons de reproduire les formes vivantes dans la matière minérale, pour dépasser la dualité entre animé et inanimé, entre vivant et inorganique. De nouveaux points de rencontre entre les formes vivantes et la céramique se situent aujourd’hui dans les matériaux bio-inspirés et les morphogenèses organiques.


L’abstraction dans les représentations du vivant. Quelques éclaircissements sémantiques et phénoménologiques

Dans cet article, nous réactivons le sens originel du mot « abstraction », afin de mettre en lumière la complexité et la richesse de toutes les opérations mentales qui sous-tendent les représentations artistiques du vivant. En effet, la notion d’abstraction a subi au début du XXe siècle une violente mutation qui l’a déraciné de ses origines philosophiques, au moment où s’instituait ledit « art abstrait ». Pour déconstruire le nouveau sens stérile donné à l’abstraction, qui en fait le soi-disant contraire de la figuration, nous mettrons d’abord en perspective une série de textes, signés par certains des pères fondateurs de l’art abstrait, afin de revivre ce moment crucial de l’histoire où la signification du terme a basculé. Puis, nous reviendrons aux significations originelles que Platon et Aristote avaient voulu donner à l’abstraction, et aux problèmes philosophiques qui la motivaient. Par le biais d’une analyse phénoménologique, nous montrerons que ces problèmes n’ont aucunement perdu de leur vigueur, mais peuvent se retrouver à la période moderne et contemporaine, à propos des représentations du vivant, sous une forme nouvelle et amplifiée par la complexification des formes de détours de la figuration littérale.


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