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Vol 1 - Numéro 2

Revue ouverte d’ingénierie des systèmes d’information


Articles parus

Présentation du numéro « Impact des systèmes d’information sur la démocratie dans les organisations »

Ce texte présente le numéro spécial de la Revue Ouverte d’Ingénierie des Systèmes d’Information « Impact des systèmes d’information sur la démocratie dans les organisations ». Ce numéro est composé des versions étendues de communications présentées lors de la 3ème édition de l’atelier Inforsid « Systèmes d’information et démocratie dans les organisations », qui s’est tenue le 12 juin 2019 à l’Université Paris Dauphine.


Systèmes d’information numériques : supports ou entraves à la démocratie dans les organisations ?

Les systèmes d’information sont souvent présentés comme neutres et proposant un simple reflet de la réalité. Au travers de notre vision de la genèse du système d’information numérique, nous démontrerons qu’ils sont construits et porteurs de visions du monde. Ils impactent en cela la démocratie dans les organisations, telle que nous la définissons dans cet article au travers de ses cinq caractéristiques majeures. Par un système de filtrage entre la « réalité » de l’organisation et le système d’information, puis entre le système d’information et le système d’information numérique, nous détaillerons les différents processus, acteurs et composants du filtrage qui peuvent faire du système d’information numérique un levier ou un frein à la démocratie dans les organisations.


De la donnée à l’information : de l’importance des conventions dans les organisations

Nous évoluons tous en permanence dans de multiples organisations et sommes assaillis par un flux ininterrompu de données et d’informations, flux que nous contribuons à alimenter. Ces données et informations, distinguées dans le texte, ne sont ni neutres ni objectives mais sont le résultat d’opérations diverses générées par les organisations qui forment ou utilisent lesdites « données ». Ces opérations obéissent à quatre types de conventions : des conventions de quantification, des conventions de contextualisation, des conventions d’énonciation, des conventions sémiotiques, enfin. Reflet de la doxa, les conventions en sont aussi le produit et façonnent les normes qui encadrent la vie économique et le fonctionnement des organisations. Deux exemples de travail des conventions dans une organisation sont proposés dans le texte : celui d’un hôpital et du tableau de bord de celui-ci supposé refléter sa performance ; celui du partage de la valeur ajoutée. En même temps cadre et résultat de l’action, instituantes et instituées comme l’ont montré les « conventionnalistes », les conventions et la dispute autour de celles-ci constituent le reflet de la vie de la démocratie dans les organisations. La question de l’élaboration des conventions est trop souvent ignorée et son importance sous-estimée par les acteurs potentiels de la dispute dans les organisations et, singulièrement, les syndicats.


Système d’information comptable et démocratie dans l’entreprise

L’histoire de la comptabilité montre que les objectifs et les traits fondamentaux d’un système d’information d’une époque et d’un pays sont déterminés par l’agent économique qui détient le pouvoir dans ce pays et à ce moment de l’histoire. Ainsi, mesurer un résultat à l’aide d’une comptabilité n’est évidemment pas seulement un acte de mesure indispensable à l’agent dominant mais également le moyen d’imposer aux agents dominés son interprétation du monde. L’agent économique qui a le pouvoir dans un système économique donné, façonne le système comptable (et donc le compte de résultat) de façon à faire apparaître en priorité « son » résultat, calculé selon sa propre vision de la réalité économique. Ainsi, adopter un langage comptable plutôt qu’un autre, c’est adopter une représentation de l’entreprise, de l’efficacité et des rapports de pouvoir. Il est possible, comme nous allons le montrer, de reconsidérer le système d’information comptable en refondant à la fois le « compte de résultat » (approche valeur ajoutée) et le « bilan » (méthode CARE). C’est le moyen le plus efficace d’en finir avec des définitions de « coûts » qui n’englobent pas les coûts de l’homme et de la nature. Exiger du capital qu’il couvre enfin les coûts sociaux et écologiques de sa reproduction, n’est-il pas le meilleur moyen de mettre un terme à sa logique prédatrice et mortifère ? Pour cela, nul doute qu’une profonde transformation du système d’information comptable de l’entreprise est un objectif incontournable.


Les plateformes de la gratuité marchande et la controverse autour du Free Digital Labor : une nouvelle forme d’exploitation ?

Le capitalisme cognitif et la révolution informationnelle sont allés de pair avec un effritement des frontières entre temps de travail et temps libre. Au centre de cette évolution se trouve l’essor du capitalisme des plateformes et notamment des plateformes de la « gratuité marchande » qui, à l’image de Google et Facebook, ont désormais conquis le premières places dans le classement des firmes mondiales en termes de capitalisation boursières et de rentabilité. Leur modèle de profit repose sur la logique des marchés multi-versants et associe la vente de la publicité en ligne et l’extraction des données des usagers. Ces derniers représentent ainsi à la fois le produit et les producteurs de la principale matière première à la base de l’organisation du marché publicitaire des plateformes de la gratuité marchande. C’est ce que l’on nomme le Free Digital Labor. Par ce concept on désigne le travail à la fois gratuit et apparemment libre qu’une multitude d’individus effectue sur internet, souvent inconsciemment, au profit des grands oligopoles du numérique et des data industries. La thèse du Free Digital Labor suscite une vive controverse. Elle est souvent rejetée au moyen de trois principaux arguments : ce serait, non le travail, mais le capital immatériel de l’algorithme qui, par un processus automatisé, extrairait et créerait l’essentiel de la valeur ; le Free Digital Labor échapperait non seulement aux critères canoniques du travail salarié, mais aussi à la définition anthropologique du travail vu comme une activité consciente et volontaire orientée vers un but ; les services gratuits offerts par les plateformes correspondraient à une rémunération en nature excluant tout rapport d’exploitation. Notre contribution se propose d’élucider les termes de ce débat et de répondre à ces objections par une analyse historique et théorique des mutations du rapport capital/travail intervenues sous l’égide du capitalisme des plateformes.


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