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Appel à articles Technologie et Innovation


 

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Numéro Spécial « La valorisation de la recherche dans les petites et moyennes universités »


Coordonné par Sophie Fourmentin (Dir Saic ULCO), Pierre Hardouin (VP recherche ULCO), Blandine Laperche (Enseignante-Chercheuse Economie ULCO) et Jean-Marc Llorens (Dir Recherche et Valorisation ULCO)


La valorisation de la recherche est désormais présentée comme la troisième mission des universités, aux côtés des missions traditionnelles de recherche et de formation. Cette thématique a suscité un grand intérêt des chercheurs en sciences humaines en particulier, et les recherches en économie, management ou sociologie, l’abordent sous des angles variés.

 

Un premier centre d’intérêt est celui des politiques publiques les plus favorables pour générer des relations étroites entre université, entreprises et collectivités (modèle de la triple hélice initialement proposé par Etzkowitz et Leysderdorff, 1998, 2000) et accélérer la transition vers le mode 2 de production du savoir (Gibbons et al, 1994 ; Nowotny et al., 2003). Les universités, tout autant que les entreprises et les pouvoir publics doivent jouer un rôle dans les dynamiques d’innovation et construire des réseaux et écosystèmes performants autour d’elles (Matt, Schaeffer, 2018). Elles doivent ouvrir les portes des laboratoires longtemps considérés - en Europe notamment - comme centrés sur les logiques académiques et de recherche fondamentale (ce qui correspondait au mode 1 de la production de connaissances). Elles doivent participer activement à la dynamique économique et à l’émergence d’innovations, à l’origine de la croissance dans les économies de la connaissance.

 

Les travaux les plus récents portent sur les structures de transfert et d’accompagnement (Technological tranfer office ou TTO en anglais) les plus favorables aux dépôts de brevets et à la signature de licences, à la création de spin-offs et la signature de contrats impliquant les industriels (Wright et al., 2007, Barlatier et al., 2016 ; Giannopoulou et al., 2019 ; Mérindol et al., 2018). Ces structures sont destinées à aider les universités à gagner en agilité afin de répondre aux besoins des écosystèmes dans lesquels elles s’intègrent, mais aussi de profiter des opportunités en termes de nouvelles recherches et de spécialisations universitaires.

 

Les travaux portant sur la valorisation de la recherche sont souvent centrés sur les grandes universités et centres de recherche les plus actifs dans le domaine et expliquent les modalités du transfert de technologies vers le monde des entreprises (brevets, contrats, création d’entreprise, etc.), les formes plus ou moins formelles des transferts et la nature du savoir produit (Mowery et al., 2001 ; Perkmann, Walsh, 2008, Wright et al., 2007 ; Grimpe, Hussinger, 2013, etc.). Certains portent également sur les facteurs les plus propices à la valorisation de la recherche. Quel rôle du développement scientifique et technique à l’échelle régionale/nationale, des politiques publiques, de la stratégie universitaire, des caractéristiques économiques et sociales du territoire dans lequel l’établissement est inséré ? Ces facteurs regroupés sous le terme de « carré organique de la valorisation de la recherche » apparaissent déterminants, en particulier pour les établissements de taille modeste (Laperche, 2002).

 

Pourtant, les recherches portant sur les petites et moyennes universités (Aimé et al., 2016 ; Moreau, Tesson, 2011) sont moins nombreuses et portent rarement sur la valorisation ; c’est sur celles-ci que porte spécifiquement ce numéro spécial.

 

Les petites et moyennes universités (PMU) ne font pas l’objet d’une définition stabilisée. En France, un rapport de l’Inspection Générale de l’Administration de l’Education Nationale et de la Recherche (IGAENR), qui dépend du ministère de l’éducation nationale et de l’enseignement supérieur et de la recherche (Aimé et al., 2016) propose cette appellation. Les PMU y sont définies comme des « établissements de petite taille, ou à tout le moins de taille moins importante que celle des grands ensembles pluridisciplinaires issus de fusions ou non, situés le plus souvent à l’extérieur des grandes agglomérations universitaires, ne couvrant pas systématiquement l’ensemble des champs disciplinaires et ne s’inscrivant pas systématiquement ou naturellement dans les processus de rapprochement ou de fusion engagés » (Aimé et al, 2016, rapport IGAENR). 39 établissements sont retenus dans ce rapport, qui présente une analyse fondée sur la situation financière, les activités de formation (évolution démographique, efficacité de l’offre de formation, ancrage social et territorial), et de recherche (intensité et qualité de la recherche). Cette analyse aboutit à des résultats très hétérogènes. Il n’existe pas de catégorie unique de PMU mais plutôt une grande diversité de situations. Les principaux facteurs de réussite de ces établissement sont (pour la recherche) la pluridisciplinarité, la présence d’organismes de recherche, la présence de très grands équipements à proximité, la mise en oeuvre d’une stratégie de niche et la mise en réseau. Pour les formations, l’adossement recherche, les étudiants accueillis, l’offre de formation complète apparaissent comme des facteurs clés. Il est à noter que la valorisation de la recherche n’est pas intégrée dans les indicateurs, ni dans les facteurs de réussite de ces universités.


Compte tenu des difficultés que présentent les universités de taille petite ou moyenne (tant en termes de moyens que de résultats), on peut d’une part se demander quel peut être le rôle de la valorisation de la recherche dans ce type d’établissement. Est-elle à l’origine d’un « effet d’éviction » : les ressources sont mises à disposition de cette nouvelle mission, au détriment des missions de formation et de recherche ? Ou bien au contraire, peut-elle être à l’origine d’un « effet de levier » ? L’activité de valorisation peut en effet être un atout dans la stratégie universitaire, permettant par exemple de renforcer l’ancrage territorial, d’initier de programmes de recherche et d’accroître l’attractivité recherche & formation.
Telles sont les questions auxquelles ce numéro spécial à l’ambition de répondre. La revue attend des contributions sur les thèmes suivants :
- Quelle définition des petites et moyennes universités, en France ou dans d’autres pays ? Ont-elles des spécificités par rapports aux grands établissements ? Quelles sont-elles ?
- Quelles sont les formes de valorisation de la recherche mises en oeuvre dans les petites et moyennes universités, quelles sont les atouts et difficultés qu’elles rencontrent ?
- Quelles nouvelles organisations (mise en réseau, laboratoires publics/privés…) et quelles incitations mises en oeuvre dans les petites et moyennes universités ?
- Quels rôles joués par la valorisation dans des structures universitaires de petite taille : est-elle à l’origine d’un effet d’éviction ? ou bien d’un effet de levier ?
- Quels indicateurs de la valorisation de la recherche dans les PMU ? Faut-il développer des indicateurs spécifiques ?
- De la valorisation de la recherche à la contribution sociale ? Faut-il développer une approche plus large de la valorisation de la recherche dans les PMU (en particulier) ?

 

Les contributions attendues peuvent être issues des chercheurs spécialisés sur ce thème et/ou des responsables de centres de valorisation présentant sous forme d’études de cas les dispositifs et stratégies originales mises en oeuvre dans les établissements. Les contributions peuvent concerner des établissements français ou d’autres pays.


Calendrier
- lancement de l’appel : juillet 2019
- réception des textes : janvier 2020
- processus d’évaluation : janvier 2020 – octobre 2020
- publication : début 2021.


Contacts :
Sophie Fourmentin : lamotte@univ-littoral.fr ;
Blandine Laperche : blandine.laperche@univ-littoral.fr

 

 


Références
AIME et al. (2016), Petites et Moyennes Universités, Rapport de l’Inspection générale de l’administration de l’éducation nationale et de la recherche, Paris.
BARLATIER P-J. et al. (2016), Les intermédiaires de l’innovation ouverte entre gestion de l’information et gestion des connaissances : le cas de la valorisation de la recherche publique, Innovations, 49, 55-77.
ETZKOWITZ H., LEYDESDORFF L. (2000), The dynamics of innovation : from National Systems and Mode 2 to a triple helix of university-industry-government relations, Research policy, 29, 109-123,.
ETZKOWITZ H. (1998), The norms of entrepreneurial science : cognitive effects of the new university-industry linkages, Research Policy, 27, 823–833.
GIANNOPOULOU E., BARLATIER P.J., PENIN, J (2019)., Same but different ? Research and technology organizations, universities and the innovation activities of firms, Research Policy, 48, 223-233

GIBBONS M., LIMOGES C., NOWOTNY H. et al. (1994), The New Production of Knowledge, The dynamics of science and research in contemporaries societies, Sage, London.
GIURI et al. (2019), The strategic orientation of universities in knowledge transfer activities, Technological Forecasting and Social Change, 138, 261-278.
GRIMPE, HUSSINGER (2013), Formal and Informal Knowledge and Technology Transfer from Academia to Industry : Complementarity Effects and Innovation Performance, Industry and Innovation 2013, 20 (8), 683-700
LAPERCHE B. (2002), Le carré organique de la valorisation de la recherche. Le cas d’une jeune université dans un contexte de crise, Politiques et Gestion de l’enseignement supérieur (OCDE), 14, 171-198.
LAPERCHE, B., FOURMENTIN, S. (2017), Enquête sur la valorisation de La recherche 2017– Bilan ULCO, 2017, ULCO.
MATT, M., SCHAEFFER, V. (2018). Building Entrepreneurial Ecosystems Conducive to Student Entrepreneurship : New Challenges for Universities. Journal of Innovation Economics & Management, 25(1), 9-32.
MENSR, Les relations entre les entreprises et la recherche publique, Lever les obstacles à l’innovation en France, 2015
MERINDOL v., CAPDEVILA I., GALLIE E.P. (2018), Technology-transfer offices and academic open labs as different types of organizational intermediaries in science-society relationships Gestion 2000, 25, 125-144.
MOREAU, TESSON (2011), Modalités et enjeux de l’insertion territoriale d’une université en ville moyenne. Approche à partir de la recherche scientifique à l’université de Pau et des Pays de l’Adour 2011, Espace Société territoire, https://journals.openedition.org/cybergeo/24810
MOWERY D.C., NELSON R., SAMPAT B.N. et al. (2001), The Growth of Patenting and Licensing by U.S. Universities : an Assessment of the Effects of the Bayh-Dole Act of 1980, Research Policy, 30, 99–119.
NOWOTNY H, SCOTT P., GIBBONS M. (2003), Mode 2 Revisited : The new production of knowledge, Minerva, 41, 179–194.
PERKMANN M., WALSH K. (2008), Engaging the scholar : three forms of academic consulting and their impact on universities and industry, Research Policy, 37, 10, 1884–1891.
WRIGHT M., CLARYSSE B., MUSTAR P. et al. (2007), Academic entrepreneurship in Europe, Edward Elgar, Cheltenham.