@ARTICLE{10.21494/ISTE.OP.2026.1503, TITLE={Ce que le dessin rend imperceptible : Attention, conscience corporelle et immersion dans la pratique graphique. Le témoignage personnel d’une artiste}, AUTHOR={Juliette Savaëte, }, JOURNAL={Arts et sciences}, VOLUME={10}, NUMBER={Numéro 4}, YEAR={2026}, URL={https://www.openscience.fr/Ce-que-le-dessin-rend-imperceptible-Attention-conscience-corporelle-et}, DOI={10.21494/ISTE.OP.2026.1503}, ISSN={2515-8767}, ABSTRACT={Lorsque je cours, mon attention accompagne les manifestations de mon corps : les variations du souffle, les tensions musculaires, l ’apparition de la fatigue et les ajustements nécessaires à la poursuite du mouvement. Lorsque je dessine, cette relation se transforme. Alors même que mon corps demeure engagé dans l’activité graphique, certaines sensations cessent d’occuper une place identifiable dans mon expérience consciente. La faim, la fatigue ou les tensions musculaires peuvent rester inaperçues pendant le travail, puis se manifester avec une intensité parfois saisissante lorsque le geste s ’interrompt. Cette transformation ne résulte d’aucune intention. Je ne décide pas de détourner mon attention de mon corps et ne peux identifier le moment où certaines sensations deviennent moins accessibles. C’est en quittant le dessin que je découvre rétrospectivement ce qui échappait à mon attention pendant l’activité. À partir de cette expérience récurrente, cet article interroge les relations entre engagement attentionnel, immersion dans la pratique artistique et conscience corporelle. Il s ’inscrit dans une démarche de recherche-création fondée sur l’analyse réflexive de situations vécues dans ma pratique du dessin, mises en dialogue avec des travaux consacrés à l ’attention, à l’interoception, aux relations entre perception et action, ainsi qu ’aux phénomènes d’absorption cognitive. L’hypothèse examinée est qu’une attention intensément mobilisée par l’activité graphique pourrait modifier l’accès conscient à certaines informations corporelles, sans que leur traitement physiologique soit nécessairement interrompu. Cette hypothèse demeure exploratoire : l’expérience rapportée ne permet pas de distinguer une modification de l ’intensité des sensations d ’une modification de leur accessibilité consciente. L ’interruption du dessin constitue le principal repère d ’observation. Elle révèle un contraste entre l’expérience corporelle pendant l ’activité et celle qui lui succède. Ce décalage soulève également une difficulté méthodologique : comment observer une variation de conscience corporelle sans que l ’attention mobilisée pour l’étudier transforme le phénomène lui-même ? Cette recherche ne prétend ni établir un mécanisme causal ni généraliser une expérience individuelle. Elle propose de montrer comment une situation issue de la pratique artistique peut faire émerger un problème scientifique concernant les relations entre attention, geste créateur et perception du corps.}}