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Vol 5 - Les systèmes produit-service

Technologie et innovation


Articles parus

Les systèmes produit-service (SPS) : leviers de la transition des économies industrielles

Cet article introduit le numéro spécial de Technologie et Innovation sur les systèmes produit-service (SPS). Il revient sur l’origine du terme, présente son actualité par le biais de quelques éléments bibliométriques et introduit les principaux débats actuels. Les systèmes produit-service illustrent la tertiarisation des économies industrielles, et mettent l’accent sur la complémentarité entre les biens et les services. Si le développement de services par l’industrie est un phénomène relativement ancien, elle s’accroit actuellement pour des raisons combinant raisons économiques et environnementales. Cette nouvelle actualité se lit dans la forte progression d’articles publiés utilisant ce terme à partir du début des années 2000. Trois thèmes essentiels caractérisent les débats actuels : les retombées environnementales des SPS (économie circulaire), le lien entre SPS et économie de (la) fonctionnalité1 et les conditions de production et de diffusion des SPS. C’est dans ceux-ci que s’inscrivent les contributions de ce numéro spécial.


Les systèmes produit-service comme business models pour l’économie circulaire : potentialités et limites

L’économie circulaire (EC) définit un nouveau paradigme de production et de consommation qui cherche à réduire la consommation des ressources, à prolonger la durée de vie utile des produits et des services à travers diverses stratégies et boucles fermées, en essayant d’éviter autant que possible la génération de déchets ou en utilisant les déchets comme ressources pour de nouveaux processus. En tant que tels, les business models innovants et durables, y compris le Système-Produit-Service (SPS), sont considérés comme un élément central pour la réalisation de l’EC. L’objectif de cet article est d’analyser la contribution des business models basés sur les SPS à la mise en oeuvre de l’économie circulaire. Il s’appuie sur un examen critique de la littérature de la fin des années 1980 à nos jours. Au cours des dernières années, les avantages potentiels du SPS pour améliorer l’éco-efficacité ont été soulignés. Toutefois, la contribution spécifique des SPS à l’économie circulaire reste à explorer. Bien que la littérature tend à plaider en faveur d’une plus grande efficacité des SPS axés sur les résultats, il existe en fait peu d’exemples. En revanche, l’économie circulaire ouvre de nouvelles opportunités pour la combinaison de produits et de services, dont la clé n’est pas tant la transition le long d’un axe produit-service que la réalisation de services de support pour les produits et leurs composants qui ont tendance à prolonger leur cycle de vie. Dans notre article, nous soutenons que l’EC ouvre de nouvelles possibilités pour les services ou les combinaisons de produits et de services. Pourtant les SPS ont aussi des limites, qui concernent leur contribution en termes d’éco-efficacité. Par conséquent, nous concluons qu’il est nécessaire d’adopter une perspective systémique et critique dans l’analyse des business models SPS et dans leur promotion afin qu’ils servent efficacement les principes de l’économie circulaire.


L’économie de fonctionnalité comme modèle d’échange innovant : le concept originel à l’épreuve des systèmes de légitimité

Cet article propose une relecture des travaux séminaux d’Orio Giarini et Walter Stahel [GIA 89] sur la « nouvelle société de service », dans le contexte scientifique plus large qui a vu l’émergence d’une pluralité de concepts en lien avec « l’économie de fonctionnalité ». Son objectif consiste à analyser les fondements légitimes de ce mode transactionnel basé sur l’économie des usages à l’aune du modèle des cités de L. Boltanski et L. Thévenot [BOL 91]. Il montre que les co-auteurs des Limites du Certain conceptualisent une forme d’échange qui ne remet pas fondamentalement en cause les principes industrialo-marchands du système économique, mais qui tend à en infléchir les dispositifs de sorte à en améliorer la performance, en termes économiques, sociaux et environnementaux. Ce résultat permet de mettre en relief les écarts et proximités entres les principes qui sous-tendent leur conception originelle et ceux qui imprègnent les fondements des constructions qui s’en sont inspirées par la suite.


Systèmes produit service et économies de fonctionnalité : dynamique d’innovation et échelles territoriales

Cet article examine les modèles économiques décrits par les différentes approches des économies de fonctionnalité (EF), puis analyse la dynamique de l’innovation que ces modèles génèrent. Nous mobilisons le cadre théorique de l’innovation en termes de caractéristiques afin de rendre compte de la nature et de la dynamique de l’innovation de ces modèles, ainsi que des échelles d’analyse (micro, méso, macro) retraçant les niveaux pertinents d’application de ces modèles. Cet article suggère qu’un grand nombre de développements pratiques des EF existe, en fonction du nombre d’acteurs et de l’échelle spatiale dans laquelle ces modèles s’inscrivent. Certains d’entre eux ne sont pas véritablement en rupture par rapport au modèle de croissance matérielle intensive, d’autres montent en complexité, et requièrent une coordination à un niveau systémique plus large. La dynamique d’innovation, essentiellement de nature servicielle, dépend de la complexité du modèle économique.


Motivations intrinsèques et extrinsèques des utilisateurs de systèmes de covoiturage

L’économie du partage a fait émerger de nouveaux systèmes produit-service, à la fois respectueux de l’environnement et économiquement attractifs pour toutes les parties-prenantes engagées. Cet article vise à mieux comprendre les motivations des utilisateurs des plateformes de co-voiturage, en étudiant les facteurs intrinsèques et extrinsèques qui expliquent leur attitude et leur comportement d’adoption de ces systèmes. A cet égard, nous avons adapté une échelle basée sur la théorie de l’autodétermination afin d’examiner les motivations de 158 utilisateurs de services de covoiturage. Nous avons constaté que les deux facteurs intrinsèques (le sentiment écologique et le plaisir) et un des facteurs extrinsèques (l’avantage économique) contribuent fortement à créer une attitude favorable en vue de cette pratique. Cependant, les attentes en matière de réputation ne semblent pas influencer les attitudes ou l’intention comportementale de l’utilisateur. Les implications managériales de ces résultats pour l’innovation dans ce domaine seront présentées.


Couplage structurel entre systèmes produits-services. Cas de l’approvisionnement en granulats de construction de la Région Ile-de-France

Lors du programme ANR « AGREGA », un portail internet contributif (« ePLANETe.Blue ») a été mobilisé. Il a permis d’accompagner les acteurs de la filière d’approvisionnement de la Région Ile-de-France en granulats de construction nécessaires au Grand-Paris dans une démarche de représentation collective des interactions entre stratégies d’économie circulaire et enjeux de soutenabilité du territoire francilien. Dans une logique d’économie circulaire, la filière francilienne d’approvisionnement en granulats peut être abordée comme un système produits-services (SPS) orienté-produit. Si l’on s’intéresse plus largement aux enjeux de soutenabilité sociale, environnementale et économique liés à l’inscription de cette filière dans le territoire francilien, un SPS orienté-usage peut être objectivé. Le portail internet « ePLANETe.Blue » permettrait à des acteurs de ce territoire d’aller plus loin en coproduisant une méthodologie d’évaluation ad hoc destinée à favoriser un couplage structurel entre ces deux SPS.


Les systèmes produits-services : Stratégie d’exploitation ou d’exploration ?

Cet article traite de la question des logiques d’innovation sous-jacentes au développement de systèmes produit-service (SPS) par les entreprises industrielles : la servicisation résulte-t-elle d’une stratégie d’exploitation, d’une stratégie d’exploration ou d’une forme d’ambidextrie organisationnelle ? Nous faisons l’hypothèse que la logique d’innovation dépend fortement du type de SPS et de stratégie de servicisation menée par l’entreprise. En particulier, plus le changement de business model sous-tendu par la servicisation est important, et plus il repose sur une stratégie d’exploration. La contribution théorique de cette recherche nous parait double : d’une part, elle permet de montrer l’intérêt des notions d’exploitation et d’exploration dans le cadre des travaux sur la servicisation des entreprises industrielles. D’autre part, elle propose, et valide en partie, l’hypothèse selon laquelle le développement de SPS orientés produits, usage ou résultat repose sur des logiques différenciées en termes d’exploitation et d’exploration.


Méthodologie de prise en compte des impacts environnementaux et sociaux dans la définition de problématiques de recherche : application aux structures composites instrumentées

La nécessité de développer des politiques durables, responsables et respectueuses de l’environnement a
émergé dans le débat public depuis plusieurs années et a permis d’aboutir à un cadre législatif accompagnant la conception
d’un produit, d’un service ou d’un système, notamment au niveau des entreprises. Cependant, ce cadre est peu
adapté aux études menées dans le milieu académique laissant le chercheur seul face à ses propres responsabilités sans
outil lui permettant de nourrir sa réflexion. Cette article propose une approche méthodologique, adaptée aux chercheurs
d’un domaine d’activité particulier, lui permettant de s’interroger et de mener une réflexion sur les enjeux sociaux et environnementaux
liés aux objets de son étude. Pour illustrer notre propos, le cas des structures composites instrumentées
est étudié.